Histoire des seigneurs d'Argy
Les premiers seigneurs d'Argy nous sont connus par les cartulaires : ceux de l'abbaye du Landais, de
Beaugerais et de Villeloin. Un Archambaud est cité en 1115 pour ses donations à ces fondations religieuses ainsi que
quelques-uns de ses successeurs. Au XIIIème siècle, les seigneurs d'Argy sont vassaux de ceux de Buzançais, et sont aussi seigneurs de Palluau sur Indre. Cette première lignée s'éteint à la fin du XIIIème siècle. La châtellenie d'Argy passe ensuite
aux seigneurs de Prunge, puis à la famille de
Brillac.
La famille de Brillac
La première mention hypothétique de cette famille se trouve dans un texte daté de 1317 qui parle d'un
partage de terres entre Jehanne fille de feu Jean Troussebois jadis seigneur de Laleu et Guyard fils de Guyard Guy, chevalier, sire de Chabannes et d'Arge
Certains historiens font appartenir ce Guyard Guy à la famille de Brillac, mais il est difficile de
dater avec précision leur arrivée et leur prise de possession de la châtellenie d'Argy.
En 1366, un Guy de Brillac fait aveu à Guy de Chauvigny de son châtel et châtellenie de Prungé, mais il
n'est pas question de la seigneurie d'Argy. En 1404, autre repère, nous trouvons un aveu et dénombrement de Guyard Guy de
Brillac seigneur d'Arge de Chabanet et de Prunge du château et châtellenie de Prunge.
En réalité, c'est seulement à partir de la moitié du XVème siècle que nous sommes vraiment bien
documentés sur la famille de Brillac, et plus particulièrement à l'époque de Pierre, chevalier, seigneur d'Argy, conseiller et chambellan du roi Louis XI.
Les Brillac d'Argy ; Origine et ascension
Cette famille serait d'une ancienne lignée de chevalerie originaire de la Basse-Marche selon certains
auteurs, mais d'autres la font venir du Poitou ou de Touraine. En tout cas, au XVème siècle, cette famille connaît la faveur royale et l'ascension sociale. un certain Guy de Brillac -
qui n'est pas seigneur d'Argy -, époux de Marie ou Marthe de Pompadour, est ambassadeur de Charles VII à Milan ; il a deux fils : Antoine - seigneur de Villemexant - et Clément de
Brillac - évèque de Tulle.
Nous trouvons ensuite un Jean de Brillac de la famille des seigneurs d'Argi en Berry qui a trois
fils : Georges de Brillac, seigneur de Courcelles-le-Roi, mentionné comme chambellan du duc d'Orléans en 1455, François de Brillac, évèque d'Orléans et Pierre de Brillac, seigneur
d'Argy.
François de Brillac mérite une
mention particulière, car il semble avoir joué un rôle historique relativement important. En 1476, il célèbre le mariage de Louis
d'Orléans avec Jeanne de France - fille du roi Louis XI. Louis d'Orléans deviendra plus tard Louis XII, et la
famille de Brillac semble attachée à ce monarque, d'autant plus que Georges de Brillac, frère de François et mentionné plus haut etait déjà chambellan du duc Charles d'Orléans (le poète), père de
Louis XII. Comme nous le verrons plus loin, les liens entre la maison d'Orléans se poursuvront à la génération suivante. François de Brillac participa également à une assemblée d'évêques où il
fut question d'une croisade. Enfin il s'occupa de l'achèvement de la construction de la cathédrale d'Orléans. Il possaidait une grande fortune et jouissait des revenus des châteaux de Meung et Pithiviers.
Pierre de Brillac, fils de Jean,
hérita de la seigneurie d'Argy. Il est le premier seigneur sur lequel nous soyons vraiment bien documenté : il occupe la charge de conseiller et chambellan du roi Louis XI. Il épousa Anne de Tranchelion, de la famille des seigneurs de Palluau sur Indre, qui devaient
posséder une fortune assez confortable, puisqu'ils firent reconstruire une grande partie de leur château. Pierre de Brillac, réalisa donc une alliance avec la noblesse locale. Avec lui, les
seigneurs d'Argy cessent d'âtre les vassaux de ceux de Buzançais. A la suite d'un différent avec Antoine de Prié où Pierre de Brillac fit appel au roi, les seigneurs d'Argy relèveront directement
des rois de France, à cause de leur château de Tours et les actes de foi et hommages leur seront adressés et non plus aux seigneurs de Buzançais.
De son mariage avec Anne de Tranchelion, Pierre de Brillac eut deux fils connus : Charles et
Christophe ; ce dernier ne naquit pas à Argy mais à Bourges, comme son oncle ; il fit une brillante carrière ecclésiastique qu'il termina comme archevêque de Tours de 1514 à
1520.
Charles de Brillac
Charles de Brillac est le seigneur d'Argy qui nous intéresse le plus, puisqu'il fit reconstruire le château
d'Argy. Il est écuyer du roi, capitaine de Loudun, seigneur d'Argy et de Mons et termine sa carrière comme Maître d'Hotel ordinaire du
roi Louis XII. Il meurt à Milan en 1509. Il fit donc un ou plusieurs voyages en Italie et a pu y admirer les édifices du quattrocento alors presque neufs. C'est visiblement un personnage bien en cour ; frère et neveu de grands prélats, fils d'un
chambellan, sa charge de maître d'hôtel ordinaire du roi implique qu'il côtoie la personne royale au moins plusieurs fois par an. De plus il réalise une alliance fructueuse en épousant Jeanne de
Varye, fille de Guillaume de Varye, homme de confiance de Jacques Coeur. Celle-ci lui apporte une dot considérable à la hauteur des finances de Guillaume de Varye. On peut penser que Charles de
Brillac hérita d'une partie de la fortune des Varye : Une partie de la fortune des Varye, acquise dans les affaires de Jacques Coeur, et confirmée par la confiance royale, permit à Charles
de Brilhac la transformation de la forteresse d'Argy. De son union avec Jeanne de Varye, Charles de Brillac eut une fille prénommée Renée. Nous savons également que vers 1500, Charles de Brillac
épouse en seconde noce Louise de Balzac d'Entragues. C'est aussi à cette époque qu'il entreprend la reconstruction du château d'Argy et tout porte à croire qu'il le fit grâce à l'héritage de
Jeanne de Varye décédée. Louise de Balzac était issue de la bonne noblesse d'épée : les Balzac d'Entragues nous sont bien connus et eurent des réprésentant célèbres, notamment Charles dit
le bel Entraguet et surtout Henriette de Balzac d'Entragues, Marquise de Verneuil (après 1610) et favorite d'Henri IV.
Cette famille possède charges et seigneuries importantes.
C'est donc à cette époque - vers 1500 - que les Brillac d'Argy connaissent leur apogée, avec la génération
de Charles et Christophe : les revenus ecclésiastiques combinés aux revenus des seigneurs ainsi qu'à une alliance matrimoniale fructueuse, procurèrent à cette famille une grande aisance
financière.
Les derniers Brillac d'Argy
Charles de Brillac eut plusieurs enfants de son mariage avec Louise de Balzac : l'aîné, Jacques,
devient seigneur d'Argy à la mort de son père. Il est tantôt qualifié de chevalier de Saint Georges, tantôt de chevalier de l'ordre du roi. Il naquit entre 1500 et 1510, époque à laquelle Charles
de Brillac était époux de Louise de Balzac. Il sert à la compagnie des cent gentilshommes de la garde du corps.
Après 1520, il hérite de son oncle, Christophe de Brillac archevêque de Tours, et constitue une rente en
faveur des chanoines de l'église cathédrale de Tours.
Jaques de Brillac épousa Geneviève de Poizieux qui meurt en 1589. De cette union naquit un fils, René, qui
devint seigneur d'Argy à la mort de son père. Il épousa Jacqueline de Savonnières dont il eut un fils prénommé Jacques et dernier descendant mâle des Brillac d'Argy qui mourut avant son père
René.
La succession des Brillac d'Argy
A ce moment - vers 1584 ou 1585 - la châtellenie d'Argy revint à Dame Geneviève de Poizieux épouse du
défunt Jacques de Brillac, mais à la mort de celle-ci se pose un épineux problème de succession : celle-ci est partagée entre Jean de Saint-Auy, seigneur d'Aiguemortes, héritier par alliance
avec Charlotte de Brillac et Jacquette de Rilhac, épouse de Louis de Crevant et héritière de Jeanne de Varye.
Finalement, la succession des Brillac échoit à Messire Louys de Crevant, chevalier des ordres du roy,
Conseiller en ses conseils d'Estats et privé, Capitaine de Cent Gentilshommes de sa Maison, gouverneur pour sa majesté de la Ville de Compiègne, ...
La châtellenie d'Argy du XVIIème siècle à nos jours
Parmi les seigneurs d'Argy qui succèdent aux Brillac, beaucoup n'ont laissé que peu de traces de leur
passage ou n'ont pratiquement pas résidé au château. Il faut noter toutefois Jean Phelyppeaux, seigneur de Buzançais et de
Palluau, qui fit construire les bâtiments de la basse-cour pour Dame ELizabeth Blondeau, ou du moins une partie de ceux-ci, car ces constructions ne sont mentionnées qu'à partir du moment où il
posséda la châtellenie d'Argy.
Après lui, Jacques Leon Le Bouthilier de Chavigny, héritier de Dame Elizabeth Blondeau acquiert la
seigneurie ; il ne la garda que 5 ans. En 1699, il l'échange avec Monseigneur Paul de Beauvilliers duc de Saint
Aignan, personnage considérable à la cour de Louis XIV, possédant de nombeuses charges et seigneuries et qui n'occupa pas le domaine puisqu'il ne prit même pas la peine de venir
prendre possession de son bien, et commit l'un de ses hommes de confiance à cette tâche.
Après diverses familles de haute noblesse, la châtellenie d'Argy échut par adjudication à Claude Douet de
la Boulaye en 1766. C'est lui ou son successeur qui firent abattre l'aile Ouest du château. Les sources font apparaître que les Douet s'occupèrent activement du domaine. Ils établirent même un
inventaire des archives et des titres de propriété de la seigneurie d'Argy.
Au début du XIXème siècle, le domaine passa à la famille De Lamotte qui s'occupa aussi avec
intérêt du domaine et résida au château. C'est probablement à cette famille que nous devons la construction de l'aile XIXème en place du corps de logis primitif. Différents propriétaires se succèdent ensuite, jusqu'à l'abandon des bâtiments à la dernière
guerre mondiale.
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