Samedi 15 août 2009

 

La vie au  départ n’avait pas prévue de gâter particulièrement Paul B … Heureusement une bonne fée s’est trouvée sur son chemin…

 

Germaine et Lucienne étaient voisines de palier dans un petit immeuble HLM  à Valenciennes. Leurs maris respectifs étaient employés  de chemin de fer,  c’est comme cela que l’on qualifiait jadis les salariés de la SNCF !

 

Germaine travaillait à la Poste,  Lucienne faisait quelques ménages dans le quartier bourgeois  de la cité nordiste. Les deux jeunes femmes étaient très amies comme on savait l’être dans les années d’après guerre.  L’entraide et la solidarité  dans le Nord Pas de Calais, on avait connu ça pendant l’occupation allemande alors on continuait.

 

Germaine rêvait depuis un certain temps d’être enceinte,  ce fut pourtant Lucienne de quelques années sa cadette, qui lui annonça un soir  qu’elle attendait un heureux évènement. J’aimerai bien lui dit alors sa voisine et amie être la marraine de cet enfant, car j’ai bien peur de ne pouvoir un jour être mère !

Pour ce premier bébé cela  ne sera  possible, car  j’ai promis ce plaisir  à la sœur de mon mari,  mais je te promets que tu seras la marraine du second, car nous comptons Henri et moi en avoir plusieurs si Dieu le permet…

 

Dieu,  le Saint Esprit,  plus  simplement Henri  le permit,  et à peine remise de sa première grossesse Lucienne annonça la bonne nouvelle à sa voisine : Elle était à nouveau enceinte,  quelques mois plus tard Germaine serrait  Paul dans ses bras comme  s’il était son propre fils !  C’est elle qui s’en occupa le plus,  car comme l’avait prévu le couple après Paul,   Monique,  Francis,  Françoise,  Nicole et Pierre  suivirent.

 

Le couple à l’étroit déménagea pour s’installer dans une maison dans  la cité SNCF toute proche, mais Paul garda  ses habitudes chez ‘’ Marraine ’’ et le soir, après l’école,  il venait y  faire ses devoirs,  la plupart du temps, il soupait avec le couple qui n’ayant pas eu la chance d’avoir un enfant reportait son amour sur le petit … Il était la prunelle de leurs yeux.

 

Le jour de Noël  le petit  Paul croulait sous les cadeaux, idem à chaque anniversaire bref il était comme un fils pour eux,  ils l’aimaient comme tel.

 

Le petit devint un turbulent adolescent, qui n’aimait pas trop les études, il obtint  cependant son certificat d’étude,  et le solex qui allait avec,  récompense pour ses efforts  de Marraine et de tonton Robert.

Paul par contre  adorait bricoler  et  faire la cuisine.  Il  entra en apprentissage chez le restaurateur du bourg,   où il apprit d’abord à éplucher les légumes et à faire la plonge. 

Puis il commença  à travailler et à cuire les produits jusqu’à l’obtention de son CAP.   Marraine et tonton Robert  fiers ‘’ du Petit,’’ lui offrirent un superbe vélomoteur sport rouge  à 3 vitesses, afin qu’il puisse se déplacer pour aller travailler dans le village voisin,  où il avait été embauché comme aide cuisinier.

 

Il travailla avec la fougue de sa jeunesse,  ne comptant pas ses heures, mais sans jamais oublier d’aller embrasser Marraine et tonton Robert sa seconde famille,  chaque jour.

 

Paul à 18 ans passa son permis de conduire et le couple qui devait justement changer  sa 2 chevaux Citroën pour une Dauphine Renault  en fit cadeau      ’’ au Petit ‘’ afin qu’il ne soit plus mouillé sur la route en se rendant ou en rentrant du travail…

 

 A 19 ans, en septembre 1966, Paul  pris la route du centre de sélection militaire d’Arras, d’où il fut embarqué pour Trèves en Allemagne afin d’y accomplir son service militaire.

Après quelques jours de formation et  d’orientation,  il embarqua dans un vieux train à vapeur pour le long parcours  sécurisé menant à Berlin !

 

C’est là que sa route croisa la mienne,  quand officier de semaine ( Je  venais juste de terminer  mes classes d’Aspirant,  )  je fis sa connaissance au mess.

 

Il y œuvrait en cuisine entouré comme c’était la règle en Allemagne à cette époque,  de bidasses,  mais aussi de civils Allemands,  hommes et femmes.

 

Ch’tit comme moi,  nous  fumes très vite mis en relation par le clan  Nordiste   je l’avoue bien humblement pour son plus grand bien  mais aussi le mien,  le mien,  s’il eut souvent besoin de ma protection,  je fus heureux de jouir  des petits privilèges   gourmands dont il me fit profiter.

 

 Paul  n’avait pas l’âme d’un soldat.  Rigoureux dans son travail, on ne peut pas dire qu’il appréciait la discipline,  pas plus que l’uniforme.  Il n’accepta jamais  les rites  et  les circonstances militaires : Rassemblements,  rapports, saluts, levers du drapeau défilés etc.…  Paul  ne fit jamais  du reste aucune distinction entre un II  classe et un officier supérieur.  Ce qui fait que sans mes interventions,  il aurait passé son temps et même beaucoup plus en prison…   Combien de fois lui ais-je sauvé la mise !

 

C’est durant son service militaire que Paul apprit la mort de son père victime d’un accident de la route,  il fit un voyage aller et retour jusqu’à Valenciennes.  Tonton  Robert le suivit de peu,  atteint d’un cancer généralisé.

 

Paul  ne put obtenir de permission pour aller soutenir ‘’ Marraine ‘’ et cela le rendit agressif et plus encore antimilitariste.  Il me fallut déployer mon réseau relationnel au sein du régiment pour le protéger… Bref il devint imbuvable. 

 

Heureusement, la fin de son calvaire arriva.  Il fut libéré son temps légal  accomplit.  Personnellement,  je fus libéré de mes obligations militaires  avec le grade de sous-lieutenant  un mois plus tard,  ayant terminé  les 18 mois que je m’étais engagé à effectuer en acceptant de faire l’école des officiers d’active !  Je perdis  traces  de ce copain  durant trente ans au moins…

 

Un jour,  me rendant dans une petite commune du  Pas de Calais,  pour y effectuer un reportage,   je fus invité à déjeuner par le conseiller général,  maire du lieu avec qui j’étais ami.

 

Connaissez-vous  me dit-t-il ce restaurant typique et de tout premier ordre tenu par Paul B.  Le nom du restaurateur m’interpella immédiatement, serais-ce mon fameux tête dur de Berlin, il était bien cuisinier ?  Nous poussâmes la porte et  je me retrouvais devant mon ancien  camarade de régiment…

 

 Il avait comme moi beaucoup forcit,  portait la barbe,  mais de derrière ses petites lunettes demi-lunes, les yeux vifs et  souriants étaient restés les mêmes… ‘’Quesque’’ tu viens faire par ici  vieux soldat   me dit-il,  j’ te croyais mort depuis tout  c’temps… ! ’’ Vieux soldat :  Paul  m’appelait toujours ainsi à Berlin,   il ne m’avait jamais appelé mon lieutenant,  même devant les autres militaires supérieurs ou subalternes… Il me prit dans ses  bras et me serra très fort,  comme un frère que l’on retrouve après trop longtemps.

 

Tu sais je plaisantais tout à l’heure,  je savais ce que tu étais devenu,  je lis régulièrement tes chroniques dans le journal… Et bien pourquoi ne m’as-tu jamais appelé à la rédaction, nous aurions pu reprendre contact…Tu sais vieux soldat il m’ait arrivé tellement de choses,  je n’ai pas eu le temps ! Mais je vais te raconter tout cela …

 

Paul  connaissait bien le maire habitué des lieux,  il lui avait réservé  une table ronde,  discrètement  placée,  suffisamment grande pour que l’on puisse rajouter un couvert ou deux au cas ou !  Il  lui demanda étant donné les circonstances s’il pouvait nous inviter  et se joindre à nous.

Le maire accepta d’emblée,  nous n’avions ni de secret à nous confier,  ni de confidences à nous faire, le but étant simplement de déjeuner entre amis.

 

Nous racontâmes chacun à notre tour nos petites aventures militaires, le maire qui lui aussi avait servi en Allemagne avait de belles anecdotes en mémoire,  puis Paul enchaina sur son retour à la vie civile,  le décès  de sa mère, je le questionnais aussi sur ‘’Marraine ‘’ connaissant l’amour qu’il avait pour cette dame. Elle va bien malgré son âge, en ce moment elle est en vacances chez moi dans mon château… Dans ton château, tu as donc gagné autant d’argent dans la limonade  mon cher Paul  ?  Non  mais  figures toi qu’il m’est arrivé une belle histoire,  un véritable  conte de fée !

 

Quand je suis rentré du service,  je suis retourné travailler chez mon patron, quelque temps,  je me suis marié,  puis je me suis mis un crédit sur le dos et j’ai repris  un petit bistrot - brasserie à un vieux couple qui prenait sa retraite.   Ce troquet  ne tournait pas beaucoup,  j’avais  l’espoir de le relancer.

 

J’eus cependant bien du mal.  La fermeture des deux usines proches, et de la gare de '' trillage '' du bourg firent que la clientèle ouvrière se raréfia, et les dettes s’accumulèrent  j’étais pratiquement en faillite,  les huissiers défilaient,     qui plus est ma femme qui n’aimait pas le commerce m’avait quitté. Elle ne voulait plus  vivre que pour le travail,  bref rien n’allait plus.

Heureusement ‘’ Marraine ‘’ était toujours là quand je n’avais plus le moral ou plus le sous…

 

Un matin,  j’épluchais des pommes de terre, quand le téléphone sonna, c’était elle.  Elle me dit : Est-ce que tu pourrais passer ce soir, j’ai un petit problème, plutôt un gros problème !  J’ai gagné au Loto,  je ne sais comment faire.

 

Tu as gagné quoi Marraine ? Un remboursement,  trois numéros ?  Non je les ai tous,  même le complémentaire… Elle me disait ça comme si elle parlait d’une chose banale.  Tu es sure Marraine ? Oui me dit-elle,  je sais encore lire une liste de numéros quand même ! Et bien je passerai te voir  après le service et nous verrons cela.

 

Vers 17 h,  je me rendis donc chez elle,  effectivement elle avait le ticket gagnant du loto… Un milliard huit cent millions de centimes à l’époque, une somme colossale !  Te voilà riche Marraine lui dis-je,  tu va pouvoir t’accorder tout ce dont tu as toujours rêvé…

 

 A mon âge on ne rêve plus mon chéri et  je n’ai plus besoin de rien.  J’ai tout ce qu’il me faut.  Je te donne le ticket,  va toucher cet argent,  il est pour toi.  Fait en bon usage !

 

Voilà tu connais la suite, j’ai vendu le bistrot,  je suis venu sur la côte j’ai acheté une bonne affaire,  que j’ai fais prospérer,  avec de l’argent c’est facile, j’ai aussi acheté un hôtel grand luxe, puis un second,  puis encore  un autre.

 

J’ai  épousé une amie  qui m’avait bien aidée elle aussi,  quand j’étais dans la mouise.   Divorcée,  seule avec une petite fille charmante à charge,  elle ne demandait qu’à être heureuse et depuis, nous sommes très heureux…

 

L’argent attirant l’argent,  j’ai fais des affaires,  j’en ai gagné de plus en plus et voilà,  je viens d’acheter le château de M. que tu connais certainement,  une belle histoire n’est-ce pas vieux soldat ?

 

Et bien dit donc qu’elle aventure, Mais dis-moi l’argent ne t’as pas tourné la tête ? Pas du tout d’ailleurs  j’en fais profiter beaucoup de monde :

 

Je fais effectuer des  travaux en permanence,  j’ai ma propre entreprise de bâtiment !  Les employés de mes restaurants et de mes hôtels sont bien payés et me rendent cela par une qualité de travail irréprochable et puis je fais des dons aux démunis,  j’invite régulièrement  des familles défavorisées à déjeuner,   je suis devenu ‘’ Restaurateur du Cœur ‘’ en quelque sorte…

 

Voilà comment  j’ai retrouvé Paul. J’ai fais connaissance de sa charmante épouse, de sa belle fille,  brillante avocate aujourd’hui. Je les ai revu souvent et suis allé déjeuner chez eux régulièrement, soit  dans un de leurs restaurants ou dans leur superbe château…

 

Un véritable et  incroyable conte de fée !

 

A.A.Lavoye du Vivier

 

Cette histoire est vraie !  Seul le nom de mon ami a été changé…  

Par Chevalier de Clermont - Publié dans : Histoires Vraies
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